Rêve2Hero

L’Étincelle qui ne voulait pas retomber

la légende de Sparkio

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Chapitre 1 Le Feu

Théâtre d’ombres ambré : autour d’un feu, des silhouettes d’enfants écoutent un conteur. Les étincelles retombent toutes, sauf une, qui continue de monter vers le ciel.

Il y a très longtemps — ou peut-être hier soir —, des enfants écoutaient une histoire autour d’un feu.

Les étincelles montaient vers le ciel… puis retombaient. Comme toujours.

Toutes, sauf une.

Celle-là voulait connaître la fin de l’histoire.

Alors elle continua de monter. Encore. Et encore.

Si haut qu’elle devint une étoile — la plus petite de tout le ciel.

En bas, un enfant la montra du doigt : « Sparkio ! »

Et la petite étoile ouvrit les yeux.

Chapitre 2 La plus petite étoile

La nuit sur une ville endormie : derrière les fenêtres couleur de miel, on raconte des histoires. Tout là-haut, la plus petite étoile prend la pose du héros, drapée d’une cape de nuage qui s’effiloche.

De là-haut, Sparkio découvrit un secret : chaque soir, derrière les fenêtres allumées, quelqu’un raconte une histoire.

Des dragons. Des capitaines. Des forêts qui parlent.

Il les écoutait toutes, et la même envie lui chatouillait les branches :

« Moi aussi… je voudrais être le héros. »

Alors il s’entraînait. Il prenait la pose. Il se taillait des capes dans les nuages.

(Les nuages n’étaient pas toujours d’accord.)

Chapitre 3 La Brume

Une page d’histoire : un dragon rouge dort sur une falaise couverte de cascades, entre des îles qui flottent dans le ciel. Une brume grise en retire peu à peu les couleurs.

Mais une nuit, une brume grise monta sur le monde.

Elle ne faisait de mal à personne.

Elle murmurait seulement à l’oreille des enfants :

« Les héros, ce sont les autres. Pas toi. »

Et les enfants refermaient leurs livres, et les histoires perdaient leurs couleurs.

Une autre page, encore grise : un voilier rouge dans les vagues, une baleine, un phare. La couleur y revient, comme rallumée.

Sparkio plongea. Il chassa la brume, ralluma les dragons, les océans, les forêts.

Il était le héros. Enfin !

Une forêt d’histoire où les vieux arbres sourient, un sentier dans la lumière. Les couleurs s’en retirent de nouveau, comme une marée.

Mais dès qu’il repartait, la brume revenait : pendant qu’il brillait, les enfants n’avaient fait que regarder.

Il plongea encore. Et encore.

Et chaque fois, il brillait un peu moins.

Chapitre 4 La Chute

Le ciel de nuit, lourd de nuages, au-dessus des toits endormis ; une seule fenêtre est encore allumée.

Une nuit, il n’eut plus assez de lumière pour voler.

Sparkio tomba. Personne ne fit de vœu.

Il atterrit dans une chambre ordinaire, près d’un livre aux pages grises et d’un enfant qui ne dormait pas.

Une chambre ordinaire sous la lune. Deux petites mains d’enfant, en coupe, recueillent une lueur dorée devenue toute pâle.

Deux petites mains se refermèrent autour de lui, tout doucement.

C’était la première fois que quelqu’un prenait soin de Sparkio.

Chapitre 5 Le Seuil

La chambre de nuit : un livre ouvert sur le lit, aux pages grises où un chemin s’enfonce dans la brume. Au bord de la page, une petite lueur dorée : Sparkio.

— Tu as peur du noir ? demanda Sparkio.

— Non, dit l’enfant. J’ai peur de ça.

Et l’enfant ouvrit le livre gris. Tout au fond, quelque chose appelait.

Sparkio voulut s’élancer, comme toujours.

Puis il se souvint de tous les enfants restés dehors pendant qu’il brillait à leur place.

Alors il fit la chose la plus difficile de toute sa vie d’étoile.

Il resta au bord.

— Je ne peux pas y aller à ta place. Mais je ne bouge pas d’ici. Je t’attends. Promis.

La page grise, vue du seuil : un chemin s’enfonce dans un pays de brume, vers un château lointain. Dans la brume, un murmure est écrit : « Pas toi. »

L’enfant regarda la page. Regarda Sparkio.

Et fit un pas.

Chapitre 6 Le feu, c’est toi

Dans la page grise, l’enfant, de dos et pieds nus, s’avance seul sur le chemin de brume, vers le château lointain.

Un pas — et la brume recula.

Deux pas — et une couleur revint.

L’enfant avait peur. Et avançait quand même.

Au bord du chemin, un tout petit dragon vert, perdu, lève de grands yeux inquiets. L’enfant, à genoux, lui tend la main.

Au fond de l’histoire, un tout petit dragon s’était perdu.

L’enfant lui tendit la main, et ils retrouvèrent le chemin, ensemble.

L’enfant et le petit dragon marchent ensemble. Une lumière corail naît de l’enfant : autour d’eux, l’herbe et les fleurs retrouvent leurs couleurs.

Alors quelque chose s’alluma. Pas la lumière de Sparkio : une lumière à l’enfant.

Toute la page a retrouvé ses couleurs : collines vertes, fleurs, ciel rose et doré, le château au loin.

Elle remplit la page, déborda du livre…

Dans la chambre bleue de nuit, le livre ouvert sur le lit déborde de lumière ; au bord de la page, une petite lueur se réchauffe.

… et vint réchauffer la petite étoile qui attendait au bord.

— Tu vois, souffla Sparkio. Moi, je ne suis qu’une étincelle.

Le feu, c’est toi.

Chapitre 7 La Promesse

L’atelier du Gardien des Histoires, quelque part entre le ciel et les chambres : des étagères de bois et de laiton où brillent des histoires devenues étoiles.

Cette nuit-là, l’histoire de l’enfant ne retomba pas. Elle monta dans le ciel et devint une étoile.

Depuis, Sparkio garde toutes les histoires que les enfants osent vivre, dans son atelier, quelque part entre le ciel et les chambres.

On l’appelle le Gardien des Histoires.

À chaque enfant, il fait la même promesse :

« Je t’accompagne jusqu’au seuil. Le cœur de l’aventure est à toi. Et à la fin, je serai là. »

Si un jour, au milieu d’une aventure, tu ne le vois plus… il n’est pas parti.

Il t’attend au bord.

Une lampe de chevet allumée. Un adulte lit une histoire ; une petite étincelle monte.
Sparkio, seul à la fenêtre, regarde le ciel : la constellation des histoires vécues brille, avec une place encore éteinte.

Ce soir, quelque part, une page est encore grise. Et une petite étoile attend au bord.